L’azote : un cycle bien naturel !

“Plus il y a de lapins, plus il y a de renards. Plus il y a de renards, moins il y a de lapins. Moins il y a de lapins, moins il y a de renards. Moins il y a de renards, plus il y a de lapins. Plus il y a de lapins… C’est cela, la théorie du chaos !”

Composant essentiel de la matière organique végétale et minérale, l’azote (son symbole chimique est N) se trouve partout où il y a vie. Et on le retrouve notamment, partout où l’on trouve de la matière organique à l’état de déchet : déjections des animaux, débris végétaux, cadavres des animaux, surplus d’alimentation.

Dans la nature l’azote suit un cheminement cyclique : l’azote organique libéré par le cadavre du renard est transformé par des bactéries en azote minéral. Celui-ci est assimilé par les plantes, et il redevient azote organique. L’azote organique est transmis au lapin lorsqu’il mange la plante. Le lapin est mangé par le fils du renard… Et c’est toujours le même azote !

Tout cela en soi n’a rien que de très sain, dans la nature… Mais pour nous autres aquariophiles, c’est autre chose : en effet, au cours du cycle, l’azote prend différentes formes toxiques.

Tableau : les différents composés azotés et leur toxicité

Symbole chimique Nom Toxicité
NH3 Ammoniac extrêmement toxique pour tous les poissons
non assimilables par les plantes
NH4+ Ammonium environ 100 fois moins toxique que l’ammoniac
assimilable par les plantes
NO2- Nitrites extrêmement toxiques pour tous les poissons
assimilables par les plantes
NO3- Nitrates peu toxiques pour la plupart des poissons
toxiques pour des poissons sensibles
extrêmement toxiques pour les invertébrés marins

Première étape du Cycle de l’Azote : l’Ammonisation

L’azote organique simple en provenance des déchets que nous avons évoqués commence à se dégrader sous l’action de micro-organismes très divers, mais qui pour la plupart ne peuvent vivre qu’en phase aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène ; il se transforme en ammoniac et/ou en ammonium.

En eau acide il se forme principalement de l’ammonium, moins toxique que l’ammoniac et assimilable par les plantes ; en eau basique il se forme principalement de l’ammoniac, qui est, lui, extrêmement toxique. (La première étape du cycle de l’azote est donc moins nuisible en eau acide qu’en eau basique…)

Ces composés ammoniacaux agissent principalement en provoquant le gonflement des lamelles branchiales des poissons, ce qui les asphyxie.

Deuxième étape du Cycle de l’Azote: la Nitrification

Ammoniac et ammonium sont à présent traités par d’autres micro-organismes, les bactéries nitrifiantes. Il est à noter que ces bactéries ne travaillent qu’en phase aérobie, c’est-à-dire en présence d’oxygène. La nitrification elle-même se divise en deux étapes :

  • La nitrosation : l’ammonium et l’ammoniac sont transformés en nitrites, sous l’action de bactéries du genre “nitrosomonas” en phase aérobie. Les nitrites ainsi obtenus sont extrêmement toxiques : ils rendent en effet l’hémoglobine, chargée de véhiculer l’oxygène dans le corps par l’intermédiaire du sang, incapable de jouer son rôle.
  • La nitratation : les nitrites à leur tour sont transformés en nitrates sous l’action d’autres bactéries, du genre “nitrobacter”, en phase aérobie. Les nitrates sont très peu toxiques, pour la plupart des poissons, il sont assimilables par les plantes ; par contre ils sont très toxiques pour les invertébrés marins.

Établir une “stratégie de peuplement”

Les bactéries nitrifiantes aérobies sont évidemment absentes ou peu nombreuses dans l’aquarium nouvellement installés : les hôtes de l’aquarium ne possèdent aucune protection contre ces terribles toxiques que sont les composés azotés : il convient de s’assurer que le cycle de l’azote soit bel et bien “mis en route” !

Beaucoup d’aquariophiles croient souvent, mais à tort, qu’il faut attendre que le cycle de l’azote soit “terminé” avant d’introduire les premiers poissons. S’exprimer ainsi laisse croire que le cycle se produit une seule fois, une fois pour toutes. Ce qui n’est pas le cas, bien entendu : une fois mis en route le cycle continue de se dérouler, et ce indéfiniment, sauf incident. L’aquarium voit toujours autant de composés d’ammoniac et de nitrites se former, selon la pollution disponible, mais sont transformés au fur et à mesure.

Tout dépend donc de la stratégie de peuplement que l’on va adopter.

Mettre en marche son aquarium, y introduire des bactéries, attendre un mois… puis introduire tous les poissons n’est bien entendu pas la bonne solution : au bout d’un mois, faute de pollution et faute nourriture, nos bactéries sont mortes. Idéalement, végétaux et animaux ne seront pas introduits en une seule fois, mais de manière progressive, au fil des jours et des semaines, en tenant compte des capacités du système de filtration installé. Il est clair par exemple que la mise en oeuvre d’un puissant filtre biologique nous permettra un peuplement plus rapide.

Bref, en matière de cycle de l’azote, nous avons affaire à un perpétuel et fragile dés-équilibre… qu’il convient de ne pas trop contrarier !

Ces articles relatifs à l’aquariophilie sont des supports de conférences données dans le cadre de nos formations ou d’articles que nous avons fait paraître dans diverses revues spécialisées et professionnelles, notamment Animal Distribution. Découvrez ici le parcours de formation aquariophilie que nous proposons.

formation aquariophilie

Appelez-nous…