Tout poisson est un pollueur, et même le plus vorace des mangeurs d’algues parasites n’a pas la capacité d’épurer l’eau, comme le font beaucoup d’invertébrés… Par les termes “invertébrés marins”, on entend tous les animaux dépourvus de squelette qui vivent dans le milieu marin. Ils sont à la fois nombreux et divers, parfois très différents les uns des autres…

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Quels points communs peut-on en effet trouver, à priori, entre une anémone et une crevette ? On distingue six groupes d’invertébrés : les éponges, les crustacés, les mollusques, les échinodermes, les tuniciers et les coelentérés…

Les éponges

Avec les méduses, les éponges sont parmi les animaux multicellulaires les plus simples que connaisse la zoologie. La plupart vivent en eau de mer. Leur diamètre peut varier de quelques millimètre à un mètre. Elles sont composées de cellules variables de par leur forme et de par leur fonction, qui sont réparties en différents tissus : la paroi externe qui a une fonction de revêtement, la paroi interne qui est tapissée de cellules qui capturent et digèrent les aliments, et enfin un tissu intermédiaire qui constitue le milieu des cellules nerveuses et des cellules sexuelles, ces dernières ayant pour rôle la formation d’ovules et de spermatozoïdes.

Fixées sur les rochers, dans les zones où l’intensité lumineuse est plutôt faible, elles se comportent comme de véritables filtres, car elles sont capables d’ingérer et de rejeter de grandes quantités d’eau, en y prélevant les éléments nécessaires à leur croissance. Les éponges sont diverses à la fois par leurs formes, mais aussi par leurs coloris plus ou moins chatoyants.

On parvient à maintenir les éponges en aquarium, à condition toutefois de leur réserver un emplacement relativement sombre. Elles restent cependant rares dans les magasins d’aquariophilie car elles sont particulièrement fragiles et difficiles à transporter.

Les crustacés

Ils appartiennent à l’embranchement des arthropodes. Ils sont caractérisés par un corps segmenté, recouvert d’une peau dure, d’une carapace formée de ” chitine ” et possédant des pattes articulées. (L’embranchement des arthropodes est lui-même ainsi divisé : d’une part les chélicérates, qui ne possèdent pas d’antennes, mais une paire d’appendices en avant de la bouche, comme les scorpions et les araignées, et d’autre part les antennates, possesseurs d’antennes et de mandibules, comme les insectes et les crustacés).

Nos crustacés font donc partie, avec les insectes, du sous-embranchement des antennates, dont ils se distinguent par l’ensemble uni que forment chez eux la tête et le thorax (alors qu’on distingue très nettement les trois régions bien distinctes – tête, thorax, abdomen – chez les insectes).

Les crustacés ont un coeur assez rudimentaire, mais ils sont en revanche dotés d’un système nerveux bien développé et de muscles indépendants les uns des autres.

Les types de crustacés les plus recherchés par les aquariophiles marins, à la fois pour leur caractère utile et pour leur beauté, sont principalement les crevettes exotiques, telles que la crevette nettoyeuse ou crevette barbier, Lysmata Amboinensis, qui ” nettoie ” les poissons, ou la crevette arlequin, Stenopus Hispidus – Attention ! Cette dernière se nourrit d’étoiles de mer ! -, mais aussi certains petits crabes qui vivent en symbiose avec les anémones, comme Neopetrolisthes Maculatus.

D’une manière générale il importe de toujours se souvenir que les crustacés sont gourmands avant de les introduire dans l’aquarium, et de s’assurer qu’ils ne risquent pas de mettre en danger les jours des autres hôtes !

Les mollusques

Le dictionnaire nous apprend que l’embranchement (zoologique) des mollusques est composé des animaux qui possède un corps mou et non segmenté, formé d’une tête, d’un pied musculaire et d’une masse viscérale. La masse viscérale est enveloppée d’une membrane que l’on appelle le manteau ; ce dernier se replie pour former un petit sac, que l’on appelle la cavité palléale et qui contient les organes respiratoires. Beaucoup de mollusques possèdent une coquille : celle-ci se forme à partir du calcaire que l’animal absorbe. Ce calcaire est ensuite véhiculé par le sang jusqu’au manteau, à partir duquel il se répartit pour former la coquille.

Nous distinguerons ici trois grands types de mollusques, des plus simples au plus évolués :

a. Les gastéropodes sont caractérisés par la torsion de la masse viscérale située dans la région dorsale. Lorsque l’animal est possesseur d’une coquille, celle-ci est déformée du fait de cette torsion de la masse viscérale, comme on peut le voir chez l’escargot commun.

b. Les bivalves doivent leur nom à leur coquille double, dont l’ouverture et la fermeture sont contrôlées musculairement. Ils représentent un stade d’évolution supérieur à celui des gastéropodes. La moule et le bénitier sont des bivalves.

c. Enfin les céphalopodes, sont les mollusques les plus évolués : ce sont principalement les pieuvres et les seiches, dont le pied, unique à l’origine s’est divisé en plusieurs bras. La seiche ou le calamar possèdent ainsi dix divisions du pied original : on les appelle des décapodes. D’autres animaux ne possèdent que huit divisions de ce pied, comme les pieuvres : on les appelle des octopodes. Les céphalopodes sont le plus souvent dépourvus de coquille ; en revanche ils possèdent un ” squelette ” simplement composé d’une pièce de cartilage. Les céphalopodes se distinguent également des autres mollusques par un système nerveux plus complexe, ainsi que par leurs yeux remarquablement évolués.

Il existe presque 20 000 espèces de gastéropodes, un millier d’espèces parmi les bivalves, et quelques centaines de céphalopodes.

De nombreux escargots et coquillages, certaines moules et huîtres, s’adaptent bien à l’aquarium marin. Les bénitiers ou tridacnes s’adaptent bien eux aussi, mais c’est à la condition d’être placés dans la zone supérieure de l’aquarium et de recevoir de la lumière en quantité suffisante.

Les échinodermes

Ces invertébrés marins se caractérisent par leur corps radial. Membres les plus “populaires” de cette famille : l’oursin et l’étoile de mer. Si les oursins sont utiles dans l’aquarium d’eau de mer, notamment parce qu’ils se nourrissent d’algues parasites, il faudra se méfier de n’introduire que les espèces inoffensives, car certaines sont extrêmement venimeuses.

Les holothuries, animaux caractérisés par leur forme allongée, parfois appelées aussi “concombres de mer”, utiles dans l’aquarium parce qu’ils ingèrent et ” filtrent ” de grandes quantités de sable, font également partie de l’embranchement des échinodermes.

Les tuniciers

Le groupe des tuniciers rassemblent des petits animaux marins qui possèdent une corde (c’est-à-dire un axe squelettique). Ils ne sont pas, en ce sens, tout-à-fait considérés par la zoologie comme de véritables invertébrés.

Les ascidies, qui font partie du plancton, sont des tuniciers relativement fréquents dans les aquariums marins.

Les coelentérés

Voici enfin la famille des animaux invertébrés sans doute les plus recherchés pour nos aquariums…

On prononce [selãtere] et non pas [kelãtere] ! Leur nom vient du grec, où koïlos signifie creux, et enteron intestin. Cet embranchement rassemble des animaux aquatiques très primitifs à symétrie radiaire, et à cavité digestive en cul-de-sac. D’une manière générale, les coelentérés possèdent des tentacules qui servent à prélever la nourriture dans le milieu environnant, et un disque buccal au centre de ces tentacules, par lequel les éléments nutritifs sont absorbés. Certains coelentérés vivent fixés à un substrat, comme c’est, par exemple, le cas de l’anémone : leur reproduction est alors asexuée. D’autres vivent libres, nageuses (Méduses) et ont un mode de reproduction sexué.

Ce sont les nombreuses espèces de coelentérés dits ” polypes “, c’est-à-dire ceux qui vivent fixés à un substrat, qui sont largement recherchés par les possesseurs de bacs d’eau de mer. Parmi celles-ci, les différentes espèces d’alcyonnaires, de coraux calcaires, d’anémones, etc.

Les besoins des invertébrés

Commençons par les besoins des coelentérés, ce qui nécessite que l’on ait pris conscience du rôle fondamental joué par les zooxanthelles et de leur propres besoins.

Les zooxanthelles sont des algues microscopiques qui vivent en symbiose extrêmement étroite avec les coraux. La nature de cette relation est très complexe, mais on peut la simplifier de la manière suivante :
1. les zooxanthelles n’existent pas et ne peuvent pas survivre à l’état indépendant, mais seulement intégrées dans les tissus des coraux.
2. En contrepartie, les zooxanthelles fournissent les coraux en CO2 et en matières nutritives :
2.a. Les zooxanthelles sont capables de casser la molécule de calcium de manière à récupérer le CO2, pour former le “squelette” calcaire des coraux.
2.b. Les zooxanthelles transforment plusieurs composés organiques, dont les nitrates et les phosphates, en nourriture pour les invertébrés.
C’est ainsi que dans la nature, les coraux peuvent de développer de manière très intense en dépit de concentrations très faibles en plancton. Bien entendu, nous avons tout intérêt, dans l’aquarium marin, à optimiser au maximum les conditions de vie des zooxanthelles !

Pour assurer des conditions de vie favorables à la ” bonne santé ” des zooxanthelles (et donc, indirectement, de nos coraux), il importe de leur assurer :
1. Un brassage intense (et intelligent) de l’eau favorisera l’apport jusqu’aux zooxanthelles de tous les composés qu’elles transformeront en nourriture pour les coelentérés. C’est une raison de plus pour assurer un brassage intense en eau de mer ! Lorsque l’on dispose du matériel suffisant, il est préférable de disposer deux turbines fonctionnant l’une en sens contraire de l’autre et de programmer leur fonctionnement respectif de manière à créer (comme en milieu naturel), une inversion du courant toutes les six heures. L’inversion du courant empêche la formation de dépôt de déchets sur l’une des faces des roches, et assure leur transport jusqu’aux zooxanthelles.
2. On devra veiller à des concentrations en calcaire et en dioxyde de carbone suffisantes et équilibrées. (Voir ce qu’on a dit ailleurs de l’injection de CO2 et du réacteur à calcaire).
3. Un éclairage intense, enfin, est indispensable au développement des zooxanthelles. Ces dernières sont mises à mal dès lors qu’elles manquent de lumière, et l’on s’en aperçoit immédiatement car les coraux commencent à pâlir. Des coraux aux couleurs vives témoignent au contraire d’une intensité lumineuse suffisante sur les zooxanthelles.

La principale source de nutrition pour les coelentérés est celle assurée par le travail des zooxanthelles. Les coraux se nourrissent également des surplus de la nourriture que l’on distribue aux poissons, ou encore des déjections de ceux-ci. En outre, en introduisant des roches vivantes dans l’aquarium, nous avons en même temps introduit une souche de micro plancton, qui continue de se développer… et contribue à nourrir nos coelentérés.

En complément de la nourriture ” produite ” par les zooxanthelles, soit des ” préparations maisons ” le plus souvent à base de chair de poissons broyée, soit des nourritures commercialisées sous forme liquide. Inconvénient de ces deux méthodes : le surplus de nourriture, qui ne parvient pas jusqu’aux animaux, pollue le système. On utilisera donc ces aliments avec parcimonie, en les injectant doucement à l’aide d’une seringue à une quinzaine de centimètres des invertébrés.

Les différents invertébrés sont loin d’avoir tous les mêmes besoins en lumière. Il importe d’y penser dès le moment où l’on installe le décor… et l’on considère généralement qu’il faut créer avec les roches trois étages différenciés par l’intensité de la lumière : un étage de lumière intense, un étage de lumière moyenne, et un étage de lumière faible.

Nous serons ainsi en mesure de placer, dans la zone de lumière intense, les animaux qui sont le plus dépendants des zooxanthelles soit les alcyonaires et les coraux calcaires, dans la zone de lumière moyenne les anémones, et nous pourrons réserver la zone de lumière faible aux animaux qui demandent le moins de lumière, soit en particulier les éponges et les tuniciers !

Ces articles relatifs à l’aquariophilie sont des supports de conférences données dans le cadre de nos formations ou d’articles que nous avons fait paraître dans diverses revues spécialisées et professionnelles, notamment Animal Distribution. Découvrez ici le parcours de formation aquariophilie que nous proposons.

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